ArtNews, Découvrir

ZOOM SUR… Les fermiers les plus connus d’Amérique : American Gothic, Grant Wood

 

Aujourd’hui, on s’attaque à une œuvre américaine extrêmement populaire, puisqu’elle est considérée comme l’œuvre la plus détournée de l’Histoire de l’Art ! On lève le rideau sur les paysans les plus connus, à savoir ceux d’American Gothic de Grant Wood.

Grant Wood, American Gothic, 1930, Art Institute of Chicago Building

 

  1. Le titre

L’artiste a choisi d’appeler son œuvre American Gothic. Ce titre n’a évidemment pas été choisi au hasard et fait référence au style architectural de la maison présente en arrière-plan. Pour la petite histoire, Wood a repéré une ferme lors d’un trajet en voiture dans l’Iowa. Il a eu comme un coup de cœur pour l’édifice, et l’a croqué (pas comme une pomme hein, comme un croquis !). La maison était construite dans un style qu’il qualifiait de « papier mâché ». Il était cependant intrigué par le style de la fenêtre en ogives qui faisait très gothique et apportait un côté dépareillé à la maison. Il se sert donc de cette maison en arrière-plan et nomme sa toile American Gothic en référence à ce détail.

 

  1. Conflit familial

Derrière cette toile se cache une dispute des plus compréhensible et drôle à la fois ! Alors non, ce ne sont pas les deux personnages qui se disputent, même si reconnaissons que « bonheur » et « joie » ne sont pas les premiers mots qui nous viennent en tête en voyant le tableau…

 

En réalité, le conflit familial se crée entre le peintre et sa sœur. « Quel rapport ? » direz-vous. Et bien on vous explique ! L’artiste a demandé à son dentiste (why not) de poser pour qu’il représente son fermier. Et, comme vous l’aurez deviné, il a demandé à sa sœur de poser pour le rôle de la femme. Lorsque cette dernière découvre la toile de son frère, c’est le drame. Elle n’est pas satisfaite de la représentation, qu’elle juge laide. À la rédac’ on a notre avis sur la question. Soit c’est réellement son visage mais la jeune femme est complexée et s’attendait à ce que son frère l’embellisse. Soit Grant a délibérément exagéré les traits de sa sœur pour se venger (après tout, peut-être qu’elle l’a dénoncé à leurs parents le jour où il a fait le mur pour aller à la soirée branchée du coin, qui sait). Pour notre part, on penche plutôt pour la vengeance parce qu’après avoir cherché un petit peu, on  a trouvé la photo de la sœur de l’artiste, et on ne peut nier que Wood n’y est pas allé avec le dos de la fourche ! 😉

Enfin, quoi qu’il en soit, toute cette histoire à crée un froid entre les deux. On ose imaginer l’ambiance aux repas de Noël…

 

  1. La fourche

L’un des éléments central de l’œuvre est évidemment la fourche que tient le fermier dans les mains. Elle a suscité beaucoup de questionnements. Beaucoup y voient une certaine hostilité, comme une menace pour les visiteurs malintentionnés. Certains comparent même la fourche au Diable. Le fermier tient l’outil comme une arme, pour empêcher le diable de rentrer dans sa maison.

 

  1. Les rideaux

Autre détail qui a  son importance dans l’œuvre. Si l’on s’arrête sur la fenêtre de la maison, on voit que les rideaux du haut de la maison sont fermés. Cela peut indiquer l’idée d’un deuil. Est-ce que les deux personnages sont en plein deuil et viennent de perdre quelqu’un de leur entourage ? (ce qui expliquerait du coup le manque de sourire apparent !) Ou alors sont-ils en deuil par rapport à la situation actuelle de l’Amérique ? Rappelons que les campagnes américaines subissent une grave crise, amenant un taux de pauvreté important. Beaucoup de fermiers étaient contraints à quitter leurs propriétés. Encore une fois, on peut comprendre qu’ils n’aient pas super envie de festoyer…

 

  1. Nous, des ploucs ?

Si l’œuvre de Wood est considéré aujourd’hui comme l’un des plus grands succès de l’art américain, il n’en a pas toujours été ainsi. Lorsqu’elle fut exposée, beaucoup de locaux d’Iowa ainsi que de personnes de la vie rurale ont vu dans la peinture une moquerie envers eux. Ils considéraient que l’artiste les avaient représentés comme étant des ploucs, peu aimables et agréables. Bon, on ne peut pas nier que le tableau ne nous montre pas une image sympathique des fermiers mais Grant Wood s’est défendu de cela en affirmant qu’il n’avait en aucun cas voulu se moquer d’eux, au contraire. Il aurait plutôt eu l’envie de transmettre leur mode de vie compliqué et les difficultés qui entouraient la vie rurale.

 

  1. Ils sont partout !

Étant l’œuvre la plus détournée au monde, on ne pouvait pas passer à côté du plaisir de vous faire un petit pot-pourri de toutes les références à American Gothic dans la pop culture :

 

Extrait du générique de Desperate Housewives

 

Extrait du film « The Rocky Horror Picture Show », Jim Sharman, 1975

 

Extrait du film d’animation Mulan , Studios Disney, 1998

 

Couverture du Time Magazine du 8 aout 1994